Les forêts protégées du Chat sauvage

Dans le nord du Morvan, des particuliers ont créé un groupement forestier qui acquiert des parcelles pour les soustraire à l’appétit des grosses sociétés sylvicoles. Une façon de lutter contre l’enrésinement des forêts morvandelles qui détruit la biodiversité et abîme les paysages.

L’arrivée du pin Douglas dans le Morvan, initié dans les années 1950, a profondément modifié les paysages et les écosystèmes. À Brassy, petite ville située au nord du Parc naturel du Morvan, le changement est bien visible. « Il y a 25 ans, il n’y avait pas de sapins ici. Aujourd’hui, on est cernés, on sent l’étau qui se resserre », explique Frédéric Beaucher. Derrière la terrasse de sa maison en bois, la colline couverte de résineux et balafrée par une coupe à blanc appuie son propos. Partout dans le Morvan, les forêts de feuillus sont peu à peu remplacées par des monocultures de résineux aux conséquences environnementales dramatiques : appauvrissement et acidification des sols, pollution des eaux liée aux amendements apportés pour combler l’épuisement des sols, destruction des cours d’eau forestiers, etc. (voir article précédent)

A Bure, la résistance antinucléaire sort du bois

Alors que le Parlement entérine la création d'une gigantesque poubelle nucléaire dans le sous-sol de la Meuse, les opposants renforcent leur lutte et s'ancrent sur le terrain.

« Je rêve d’un peuple qui commencerait par brûler les clôtures et laisserait croître les forêts ». Dans la Meuse, à proximité de Bure, le vœu du philosophe Henry David Thoreau commence à prendre racine. Depuis le dimanche 19 juin, plusieurs dizaines d’opposants à la poubelle nucléaire Cigéo (Centre industriel de stockage géologique) occupent le bois Lejuc en lisière du village de Mandres-en-Barrois. Ils construisent des cabanes, des barricades et font pousser des potagers. Sous la canopée des grands charmes, la vie collective s’organise. Avec de grands repas conviviaux, des concerts punks, des projections de film en plein air, des AG de lutte sous les étoiles.

" Les communs proposent un nouveau modèle social et économique "

Importance de bien définir les concepts, prévalence de l'intérêt général sur la propriété privée, perspective de changement radical... Christian Laval et David Bollier, deux penseurs des communs, nous expliquent la vision qu'ils en ont.

Comment peut-on définir les biens communs ou le principe du commun ?
David Bollier
: Les communs sont un système social qui maintient et gère les ressources d’une communauté. Un commun, c’est donc l’addition d’une ressource, d’une collectivité et des règles et valeurs qu’elle s’est fixé pour maintenir et gérer cette ressource. Les exemples les plus classiques sont l’eau ou les terres chez certaines communautés indigènes, les logiciels libres, l’encyclopédie collaborative Wikipédia… Les communs proposent un nouveau modèle social et économique, ce qui est parfois un peu dur à comprendre car nous n’avons pas encore les mots pour en parler. C’est un peu comme lorsque dans les années 50-60, les gens se demandaient ce qu’était l’écologie. Je crois que les communs essaient d’introduire un nouveau vocabulaire, des concepts et des logiques différents du système de marché qui prévaut.

Edito #11 et sommaire

Il s’en est passé des choses depuis notre dernier numéro… Nous l’avions bouclé juste avant le début du phénomène Nuit Debout. Quatre mois après, l’effervescence est retombée. Mais l’apparence de ce calme estival ne doit pas être trompeuse. Les désillusions et la colère n’ont pas disparu. Les manifestations et les actions ont été nombreuses et bien garnies, elles devenaient si incontrôlables et déterminées que l’État a même parlé de les interdire. Ce qui s’est passé sur les places, dans les rues et dans les têtes est l’expression d’un besoin immense de renouveau et d’espoir. Il ne s’agit plus de réclamer tels ou tels nouveaux droits, de quémander le maintien de certains acquis. L’ambition est plus profonde, il s’agit de changer radicalement les mécanismes qui engendrent une situation dont on ne voit plus de débouchés. Chacun a pu s’exprimer lors de ces assemblées. Elles ont bien sûr leurs limites, les débats peuvent s’éterniser, tourner en rond, s’embourber ou prendre des directions qui n’intéressent pas grand monde. Mais ces espaces de discussions ont surtout servi à créer l’ébauche d’un commun qui manque tant à notre imaginaire et à nos réalités, à soupeser nos forces.

Quand le gouvernement ment, la rue rue

Mardi 14 juin, nous avons répondu à l’appel de la manifestation nationale contre la loi travail, à Paris. Étions-nous 80.000 personnes, comme le dit la police, ou 1 million, comme l’affirme la CGT ? Nous n’avons pas pu compter... Ce qui est sûr, c’est que nous étions nombreux, très nombreux. Pour avoir remonté tout le cortège, de la place d’Italie aux Invalides, soit 5,5 km, nous avons vu une foule dense sur presque tout le parcours, trottoirs compris.

A Lyon, des chercheurs travaillent pour nous

Depuis trois ans, la capitale rhodanienne s’est dotée d’une Boutique des sciences afin de mettre en relation la société civile et le monde académique autour de projets concrets. Grâce à elle, les associations peuvent bénéficier d’études indépendantes réalisées par un chercheur sur les sujets de leur choix.

 

Info en continu : faire vite, faire court

BFM TV nous a proposé de suivre une de leurs équipes présentes au procès du Carlton de Lille. Nous voulions tenter de comprendre comment les journalistes de ces chaînes d’info en continu alimentaient leurs canaux avec des interventions qui durent souvent entre quarante secondes et une minute trente.

J'ai testé pour vous : la méthode de recrutement par simulation

Jouer à la dinette pour devenir serveur ou remplir des bacs à glaçons avec des objets de couleur pour postuler à un travail à la chaîne, bienvenue dans le nouveau dispositif test de Pôle Emploi. Voici le témoignage d’un ex-chômeur qui s’est plié à l’exercice.

Tout juste redevenu chômeur, j’apprends que pour postuler à un emploi saisonnier en Franche-Comté (voir encadré), je dois désormais passer un test de simulation. Par exemple, pour un poste de serveur, on te fait jouer à la dînette, m’explique Pôle Emploi en guise de première présentation. Pour le poste « opérateur de ligne industrie agro-alimentaire » (il s’agit dans mon cas d’emballer du fromage à raclette), je ne savais pas trop à quoi m’attendre. Alors je me suis dit, « essayons toujours, ça restera une incursion ethnologique dans ce que trame aujourd’hui Pôle Emploi ».

La révolution des communs

Quel est le lien entre l'eau, les forêts, la terre, les logiciels libres, les connaissances, etc ? Tous peuvent être considérés comme des communs, un concept qui soutient une vision optimiste de l’humanité basée sur la coopération plutôt que sur l’accaparement.

La notion des communs reste floue, le concept largement méconnu, mais l’idée commence à faire son chemin. Elle pourrait bien faire mentir l'idée communément admise qu’une chose qui appartient à tout le monde n’appartient en fait à personne, et qu’elle finit par être délaissée. Ces représentations ne sont pas anodines. Elles sont très répandues et servent aussi bien à légitimer la place et les prérogatives des gouvernants qu’à imposer une vision politique et économique qui écarte le peuple des instances réelles de décisions, au motif que les personnes n’agiraient que pour favoriser leurs propres intérêts. Au contraire, la vision des communs affirme une dimension positive de l’action collective, dans laquelle les individus seraient en mesure de s’autogouverner pour résoudre les conflits liés à l’usage et à l’accessibilité de biens ou de ressources.

Le réveil de la lutte des classes ?

Dans un contexte de casse du droit du travail et de chômage de masse, deux films viennent rappeler que la lutte n'est pas vaine. Et s'ils redonnaient un peu du souffle manquant pour transformer la bagarre contre la réforme du travail en l'une des plus fortes mobilisations sociales de ces dernières années ?

Ce sont deux films qui sortent à quelques semaines d’intervalle dans les salles de cinéma et qui pourraient avoir plus d’impact qu’il n’y paraît. Le film Comme des lions, réalisé par Françoise Davisse, suit de l’intérieur la contestation d’ouvriers de l’usine PSA d’Aulnay contre le plan de fermeture du site. Au total, 3.000 personnes sont menacées de licenciement. Quelques centaines de salariés, essentiellement des ouvriers, s’engagent alors dans un bras de fer de deux ans avec la direction de l’entreprise. Piquets de grève, manifestations, actions coups de poing... Une lutte intense, jusqu’à l’occupation finale de l’usine pendant quatre mois, qui n’a néanmoins pas suffi à empêcher la fermeture du site. Plus que le conflit social en lui-même, c’est l’aventure collective vécue par les grévistes et la solidarité qui en découle que relate Comme des lions.

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